500 pièces, une table : la collaboration Tour de la Terre × Freia
Il y a des projets qui vous font relever la tête du tour et vous demander : sommes-nous vraiment capables de faire ça ? Celui-ci en faisait partie. Quand Sarah Manguy a proposé à Yulie d'imaginer et de fabriquer l'ensemble de sa vaisselle pour son futur restaurant gastronomique — 500 pièces, rien de moins — elle a dit oui avant même d'avoir fini de compter le nombre de four que cela allait représenter.

Un thème, deux mots : fertilité et authenticité
Avant de toucher la terre, il a fallu s'accorder sur une intention. Freia nous a donné un fil conducteur exigeant : la fertilité et l'authenticité. Yulie avait déjà tout un travail autour de la féminité et du sein, alors rapidement elle a imaginé 3 seins dans le menu, une cloche, une assiette et une tasse. Pour le côté brut et authentique, elle a imaginé avec son équipe de jouer sur la teinte des différentes terres dont on dispose à l'atelier, et sur le geste dans le processus de fabrication.
Concrètement, cela a donné des empreintes végétales pressées à même l'argile crue — sauge, romarin, fougère — qui laissent leur trace de nervures sous l'émail, comme un herbier gravé dans le grès. Cela a donné aussi des bords cassés comme une coquille d'œuf, des gamelles en grès brut au ventre sombre, des émaux qui coulent et se mélangent, entre rose poudré et vert profond, jamais tout à fait identiques d'une pièce à l'autre. L'authenticité, ici, ce n'est pas un style : c'est le refus de l'uniformité industrielle.
Quatre mois, cinq mains dans la terre
Le projet a mobilisé cinq personnes de l'atelier — Yulie, Ophélie, Juan, Elisa et Simon — pendant quatre mois. Chacun a apporté sa sensibilité et sa technique : le tournage pour les bols et les pièces rondes, dont on voit encore les sillons concentriques laissés par les doigts sur l'argile fraîche ; l'estampage pour démultiplier certaines formes tout en gardant une régularité de service ; et une palette de techniques de décor — engobes, impressions végétales, jeux d'émaux superposés, garnissage au tampon, gravure et jus d'oxyde — pour donner à chaque assiette, chaque bol, chaque gobelet, une identité propre tout en restant cohérent avec l'ensemble.
Les journées se sont enchaînées entre les tours, les étagères de séchage et la table de décor, où l'on discute d'une nuance de vert autant que d'un tracé de feuille. Il y a eu les gestes minutieux — les seins rajoutés au tampon sur des tasses encore crues, un test d'émail sur un petit bol avant de le valider pour toute la série — et les gestes plus physiques, quand il faut centrer, ouvrir, monter une pièce après l'autre, en gardant l'œil sur la cohérence de la collection entière.
Le résultat : une vaisselle qui raconte une histoire
Au final, ce sont des piles entières de bols en grès sombre, des assiettes en grès blond aux bords tirant sur l'ocre, des tasses et petits gobelets striés comme de l'écorce, des cloches en grès pour présenter les plats, et ces assiettes signature à l'empreinte de feuille, sobres et vivantes à la fois. Une vaisselle pensée pour la table d'un restaurant, mais qui garde en elle la trace de l'atelier : la main qui a tourné, la main qui a peint, les heures passées à 2, 3, 4 ou 5 à l'atelier.
Ce genre de commande nous rappelle pourquoi on aime ce métier : voir une intention — un mot comme « fertilité », un mot comme « authenticité » — se transformer, semaine après semaine, en objets bien réels, qui vont accueillir de vrais plats devant de vraies personnes.
Merci à Freia pour la confiance, et bravo à toute l'équipe pour ces quatre mois de travail !






